Notre Estranger (celui qui vit au-delà de la Petite Ceinture, voire même de la Grande) débarque donc à Paris, en général en groupe, principalement pour s’y divertir : touriste ou missionné par sa boîte, un changement de cadre ça fait toujours plaisir. Il a donc la banane jusque là, le zygomatique bien échauffé par ses collègues de troupeau.

Or doncques, il était fatidique que la confrontation de l’Estranger au Peuple du Métro provoque la déflagration culturelle propre à la genèse du cliché : les parisiens, ils font que faire la gueule. Toutes les extensions sont permises : ils sont stressés, antipathiques, j’en passe et des meilleures.

Sauf que ? Ben oui sauf que.

La promiscuité dans les transports en commun, le fait qu’ils soient blindés, qu’ils ne fonctionnent pas vraiment bien, ce sont des facteurs qui pèsent très très lourd en termes de fatigue et de stress, surtout quand on les vit au quotidien, dans le sens aller comme dans le sens retour, et qu’on essaie d’avoir une vie en-dehors du Saint Travail (genre : emmener les grumeaux chez le dentiste, essayer d’arriver au Franprix avant la fermeture parce qu’il n’y a vraiment plus rien dans le frigo…).

C’est pour ça que les Sauvages me font bien marrer quand ils promènent leur argument favori contre les parisiens « oulala, ben les parisiens ils font que faire la gueule dans le métro ». Ben oui quoi, c’est sûr qu’avec une vieille qui empeste le parfum capiteux pour planquer d’autres effluves et te fait la morale parce que tu as osé t’approcher un peu histoire de ne pas écrabouiller le môme à côté, et le vieux qui a la prostate qui a envie de refonctionner, le djeun qui confond le rire avec le cri de la hyène ou qui s’est acheté un casque tout pourri, les touristes qui prennent leurs aises et causent en hurlant en se disant que personne ne va les comprendre (ça m’arrive de leur répondre dans leur langue, j’ai des notions de la plupart des langues des pays limitrophes tout de même)… c’est sûr, avec tout ça, le parigot-tête-de-veau a vachement envie de s’afficher en smile permanent.

Et puis imaginez, si tous ces gens souriaient tout le temps :

Un métro peuplé de Jokers ?

Un métro peuplé de Jokers ?

Rassurant non ?

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